La Chambre ouvre ses portes à Gilles Debuire, Directeur régional adjoint de Business France pour les pays nordiques

Nous sommes ravis d’accueillir aujourd’hui Gilles Debuire, Deputy Regional Director de Business France pour la région nordique, pour un échange consacré aux dynamiques d’investissement entre la France et la Norvège. Fort de plus de 25 ans d’expérience aux côtés des entreprises norvégiennes, il nous apportera son éclairage sur l’évolution récente des flux d’investissement et les grandes tendances sectorielles. Cette rencontre sera l’occasion d’explorer les opportunités stratégiques qui renforcent chaque jour davantage les liens économiques entre nos deux pays.

1. Could you briefly share your professional background and what has shaped your current vision of the Nordic region?

 Je suis aujourd’hui Directeur de Zone adjoint pour Business France dans les pays nordiques, où je pilote et coordonne l’ensemble des sujets liés à l’investissement et à l’attractivité. Dans mon rôle, je suis aidé par ma collègue Isabella Spove, en charge des entreprises norvégiennes et suédoises basée à Stokholm ainsi que Jean-Nicodème de Roquefeuil, en charge des pays nordiques présente en France, qui lui est basé à Paris.

Pour mémoire, Business France a pour mission d’accompagner le développement international des entreprises françaises, de promouvoir l’attractivité de la France, de faciliter les projets d’investissement étrangers, et également de gérer l’ensemble du dispositif VIE — un outil essentiel permettant aux entreprises de se projeter à l’international grâce à l’envoi de jeunes talents en mission à l’étranger.

Avant ce poste, j’ai dirigé pendant de nombreuses années l’agence Invest in France pour les pays nordiques, toujours responsable des questions d’investissement et d’attractivité, qui a fusionné en 2015 avec Ubifrance pour former Business France. Cela fait donc plus de 25 ans que je travaille au contact des entreprises norvégiennes : grands groupes, PME innovantes ou sociétés en phase d’expansion souhaitant s’implanter ou investir en France, en lien étroit avec les services des deux Ambassades et l’ensemble des partenaires de la Team France Norvège.

Cette expérience de long terme a profondément façonné ma vision de la région nordique — et de la Norvège en particulier. J’ai pu observer et accompagner le dynamisme des entreprises norvégiennes en France sur une période suffisamment longue pour en percevoir les évolutions, les fluctuations et les transitions sectorielles. 

2. How have Nordic investments in France evolved over the past decade, and what key trends are you observing today?
In particular, how do you assess the trajectory of Norwegian investments in France in recent years?

Sur la dernière décennie, on observe une montée en puissance progressive et une diversification des investissements nordiques en France, avec un mouvement très net vers des projets plus technologiques et davantage alignés avec la transition énergétique. Pour la Norvège en particulier, la tendance est double : d’un côté, une présence industrielle historique qui se maintient — avec quelques ajustements — et de l’autre, l’arrivée de nouveaux acteurs, notamment dans le digital et les services innovants, qui renouvellent profondément l’empreinte norvégienne en France.

Si l’on regarde le stock, on constate une empreinte économique en progression, mais surtout un basculement qualitatif. Les effectifs contrôlés par des entreprises norvégiennes sont passés d’environ 6 700 personnes en France il y a dix ans à 8 700 l’an dernier, soit une croissance d’environ +28 %. Cette hausse est tirée principalement par les nouveaux acteurs technologiques, tandis que les secteurs industriels historiques restent globalement stables. Aujourd’hui, près de 90 % des emplois norvégiens en France se concentrent sur l’industrie (environ 53 %) et le digital (environ 35 %), ce qui illustre bien cette combinaison “socle industriel + vague tech”.

Si l’on analyse le flux, c’est‑à‑dire les projets d’investissement créateurs d’emplois en France entre 2015 et 2025, la dynamique est clairement orientée à la hausse : 100 projets sur la période, représentant environ 2 000 emplois créés. Après une phase relativement stable au milieu des années 2010 (5 à 7 projets par an), l’investissement s’accélère nettement après la période Covid, avec un pic à 16 projets en 2023, suivi de 14 projets en 2024.
Parallèlement, l’impact en emplois s’est renforcé ces dernières années : 2024 ressort comme une année record avec près de 300 emplois créés. Certes, 2025 marque un léger recul (10 décisions d’investissement pour 150 emplois), mais le niveau reste sensiblement supérieur à celui du début de la période.

On observe également un mix sectoriel qui s’élargit, même si cette diversification n’est pas encore totalement visible dans le stock. Une tendance marquante est la montée en puissance du segment transition énergétique, avec une série de projets dans les technologies vertes— quasi inexistants il y a dix ans —, portés par des acteurs norvégiens positionnés sur des chaînes de valeur émergentes. Cela illustre la forte compétence norvégienne dans ce domaine et l’intérêt grandissant pour la France dans ces secteurs.

Enfin, dans le paysage nordique, la Norvège représente désormais 10 % des projets nordiques en France sur la période 2015–2025. Elle s’impose comme un investisseur important — derrière la Suède et le Danemark, mais devant la Finlande. La trajectoire récente est donc clairement positive : plus de projets, plus de diversité et une orientation croissante vers les priorités stratégiques actuelles — décarbonation, digitalisation, innovation. »

3. Where do you currently see the most compelling opportunities for Nordic companies to invest in France?
   Which sectors and ecosystems (for example innovation hubs such as Paris-Saclay) should be particularly on their radar?

Aujourd’hui, les opportunités d’investissement les plus attractives pour les entreprises nordiques en France se trouvent clairement dans les secteurs liés à la transition énergétique, au numérique et aux technologies industrielles de pointe. On observe notamment l’émergence rapide d’un segment “green tech”, encore marginal il y a dix ans, mais désormais porté par des acteurs norvégiens de la recharge électrique, du recyclage de batteries ou des technologies bas carbone. 
Le numérique représente également un terrain d’investissement majeur : il concentre déjà 35 % des emplois norvégiens en France et continue d’attirer de nouveaux projets. Ce mouvement est soutenu par la qualité de l’écosystème français en matière de tech, d’IA et de cybersécurité. 
Les hubs d’innovation constituent des points d’entrée naturels pour les entreprises nordiques. Paris‑Saclay, par exemple, offre un environnement de recherche et de technologie de premier plan, idéal pour les projets en IA, en énergie propre ou en deeptech. D’autres territoires industriels — Hauts‑de‑France, Auvergne‑Rhône‑Alpes ou Grand Est — sont également attractifs pour les activités liées aux matériaux, à la chimie, aux batteries ou à l’industrie bas carbone.

Dans l’ensemble, la dynamique récente est très positive : les investissements norvégiens en France se sont intensifiés, se diversifient et s’orientent de plus en plus vers les secteurs stratégiques de la décarbonation, de la digitalisation et de l’innovation, qui constituent aujourd’hui les principales opportunités pour les entreprises nordiques.


4. How do you see the cooperation between Business France and the French-Norwegian Chamber of Commerce evolving on the investment agenda?
   What concrete joint initiatives could further accelerate Norwegian investment flows into France in the coming years?


 Je vois la coopération entre Business France et la Chambre de Commerce Franco‑Norvégienne (CCFN) se renforcer encore, car nous partons d’une relation déjà très structurée et efficace. La CCFN est un pilier de la Team France Export en Norvège et joue également un rôle clé sur l’agenda attractivité et investissement, en apportant une expertise complémentaire — notamment pour aider les entreprises norvégiennes à identifier des partenaires en France. Cette coopération s’inscrit dans un écosystème Team France Norway dense et bien coordonné, en lien étroit avec Innovation Norway, les Ambassades de nos deux pays et le service économique.

Nous avons en outre un cadre politique et opérationnel particulièrement favorable, renforcé par deux jalons récents. D’abord, le partenariat stratégique franco‑norvégien signé à Paris en janvier 2024 sur la transformation industrielle verte, qui vise explicitement à accroître les investissements, l’innovation et la R&D entre nos deux pays, autour de feuilles de route et de groupes de travail portant notamment sur le CCS, les énergies renouvelables et les matières premières critiques. Ensuite, le Partenariat stratégique signé à Oslo en juin 2025, lors de la visite d’État du Président Macron, qui élargit encore le champ de coopération (transition verte, technologies avancées, compétitivité, recherche) et envoie un signal politique fort aux investisseurs.

Concrètement, plusieurs pistes opérationnelles existent pour renforcer encore la collaboration entre Business France et la CCFN. On peut notamment citer l’amplification de missions sectorielles conjointes alignées avec ces priorités stratégiques — transition énergétique, énergies renouvelables, matières premières critiques — ainsi que le développement d’actions de mise en relation ciblées. Nous pouvons également capitaliser sur les événements structurants déjà en place, en particulier le Green Industry Forum, organisé en mars prochain à Paris, qui est devenu un rendez‑vous incontournable pour mobiliser industriels et investisseurs. Enfin, des programmes communs autour de projets pilotes ou démonstrateurs, par exemple dans le CCS ou les technologies net‑zero, peuvent accélérer très concrètement le passage du contact à l’investissement avec nos partenaires en région.

La coopération peut également s’appuyer sur le développement du dispositif V.I.E en Norvège, dont le nombre est en forte hausse — avec aujourd’hui plus de 75 talents en poste.  V.I.E constitue un levier puissant pour accompagner l’expansion des entreprises françaises, mais il pourrait aussi être davantage utilisé par les entreprises norvégiennes, que ce soit pour tester des marchés internationaux, explorer des opportunités d’implantation ou structurer des partenariats industriels.

Le cadre établi en janvier 2024 à Paris puis consolidé en juin 2025 à Oslo nous donne une feuille de route claire. L’objectif partagé est simple : rendre l’écosystème franco‑norvégien encore plus fluide et attractif, afin de multiplier les projets d’implantation et d’investissement en France dans les années à venir. 
 

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